Don’t let the bedbugs bite

Je m’étais endormie aux alentours de 4h30 épuisée de sanglots puis j’ouvre les yeux dans le noir de ma chambre de princesse en toc, le souffle court, la bouche ouverte dans un cri silencieux en lutte avec mes oreillers. Il est 5H45. A peine une heure que je dors, une toute petite heure de sommeil, une heure qui m’a semblé être une nuit entière et je m’éveille d’un cauchemar terrifiant. Je ferme les yeux pour me souvenir des détails, je ferme les yeux, je cherche à tâtons le foulard rassurant, je cherche les effluves lointaines pour me bercer pendant qu’à ma mémoire reviennent les petits bouts de sommeil paradoxal des minutes précédentes.

Il y est question d’un monstre, une entité humanoïde dont le corps recouvert d’un pelage terne est par endroits écorché, suintant, le visage recouvert de croutes et de mucosités laisse découvrir une bouche figée dans un rictus aux dents jaunes et noires, acérées, comme taillées à la lime. De cette bouche s’échappent des gargarismes, des râles, des gargouillements qui semblent venir de ses entrailles. A cette vision s’ajoutent des cris, des hurlements qui viennent d’ailleurs, des cris de femme que j’imagine torturée, vraisemblablement par ses soins. Je ne vois pas ce monstre réellement, j’en rêve dans mon rêve. Je suis dans un lit. Deux lits superposés rapprochés. Je rêve que je m’éveille dans ce lit avec à mes côtés un petit enfant, un africain que je sais orphelin et dont j’ai le devoir d’assurer la protection. Dans ce lit il y a aussi le téléphone. Lorsque je le décroche, sans composer de numéro, j’entends les râles du monstre, je l’entends comme s’il était dans la pièce. Terrifiée, je raccroche. Mais quelque chose de plus fort que moi m’oblige à reprendre le combiné et écouter à nouveau. La terreur est archaïque, elle est dans mes tripes, je la sens m’envahir et se concentrer dans mon ventre qui se révolte contre moi et se tord en tout sens. La terreur et l’incrédulité, je me sens vulnérable, exposée de plein fouet à un danger que je sais imminent. Gros Chat est aussi dans le lit. Il est nerveux et s’en prend à moi, me griffe et me mord. L’enfant dort près de moi. L’angoisse, la terreur vont crescendo. Encore je reprends le téléphone et Gros Chat me mord le bras. Alors je l’attrape par la peau du cou, lui colle le combiné contre l’oreille pour lui faire entendre ce qui me terrifie, puis je l’étrangle et le jette au sol avec brutalité et retourne me pelotonner contre cet enfant que je me dois de protéger. Mais qui me protège moi. Qui me défendra. Je me sens terriblement seule face à ce danger et j’ai peur. J’ai peur, j’ai si peur. Je serre l’enfant qui dort contre moi, je frotte mes pieds sur les draps, geste rescapé de mes terreurs nocturnes enfantines. Je serre l’enfant très fort puis je me rends compte de la présence d’une troisième personne dans ce lit, un corps allongé en sommeil et silencieux, je vois une patte recouverte de poils, une longue queue imberbe avec à son bout un petit pompon poilu. Puis je m’éveille.